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"Activités" de L.A.V.E.-Belgique en 2012

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Dernière mise à jour le 30 janvier 2012


28 janvier: la petite salle de Rixensart était quasi comble pour accueillir l'invité de marque du jour, à savoir le célèbre volcanologue français Jacques-Marie Bardintzeff, qui nous a fait l'amitié et le grand plaisir de venir présenter un exposé très complet, ponctué d'anecdotes croustillantes et de nombreux petits moments d'humour, répertoriant les connaissances principales les plus récentes concernant le volcanisme explosif ("gris") et de point chaud ("rouge"). Après avoir expliqué rapidement le dynamisme des panaches éruptifs en photos et leur mécanisme de dispersion dans l'atmosphère en fonction de plusieurs paramètres (diamètre de la bouche éruptive, vitesse d'éjection et densité/température de la couche atmosphère atteinte par la colonne éruptive) et montré des clichés microscopiques à balayage (en 3D) de cristaux lithiques (< magma ancien) et de particules/échardes vitreuses juvéniles (< magma frais), Jacques-Marie s'est attardé sur le diagramme de Walker (1973) où les principaux types de dynamisme éruptif sont classés en fonction de la dispersion et de la fragmentation des matériaux éruptifs libérés.  La fragmentation désigne le pourcentage de particules < 1 mm dans la zone de dispersion.

Il est à noter que les éruptions à coulées pyroclastiques/nuées ardentes, dites péléennes, ne sont pas reprises dans ce diagramme vu que les matériaux expulsés sont trop hétérogènes et leur zone de dispersion orientée. Le type éruptif péléen a été défini à partir de l'éruption de la Montagne Pelée (Martinique) en mai 1902. Cependant, ce célèbre volcan a aussi connu une éruption plinienne, parmi tant d'autres, aux environs de 1300, qui a recouvert la région de produits pyroclastiques de granulométrie variable (P1). C'est à partir de l'étude détaillée de l'épaisseur et du taux de fragmentation de ces dépôts éruptifs que Jacques-Marie et ses collaborateurs de l'époque ont pu estimer la hauteur maximale du panache éruptif.

Plus récemment, la puissance des éruptions a été définie au moyen d'un indice basé sur l'intensité du caractère explosif, le V.E.I. (indice d'explosivité volcanique en français) qui s'échelonne de 1 à 8, du type éruptif hawaiien au type ultra-plinien des super-volcans comme Toba ou Yellowstone.

A l'occasion, le volcanologue a évoqué l'éruption paroxysmale du Vésuve en 79 (péléenne et plinienne) qui aurait eu lieu en automne et non au milieu de l'été (24-25 août), notamment suite à la découverte récente de fruits automnaux dans des jarres ensevelies sous d'autres dépôts. Par ailleurs, J-M nous a aussi fait remarquer que l'éruption du volcan islandais Eyjafjöll en 2010 aurait été bien plus perturbatrice si le nuage de cendre avait atteint la couche stratosphérique de l'atmosphère (> 20 km), en raison des vents puissants, dits "jetstream", qui y transportent les particules fines à haute vitesse (> 100 km/h) avant leur retombée au sol. Notre conférencier a aussi illustré son propos par l'éruption la plus puissante du 20è siècle, qui a eu lieu au Pinatubo en 1991, et celle, étudiée dans le moindre détail, du Mont St-Helens qui a affecté le Nord-Ouest des Etats-Unis à partir du 18 mai 1980. Pour clôturer la première partie de l'exposé, l'impact des éruptions explosives majeures sur le climat mondial a été discuté.

Après la pause traditionnelle "apéro" et la sympathique dédicace d'ouvrages récents ou plus anciens que possédaient déjà les auditeurs (ce qui, à l'évidence, a fait plaisir à notre conférencier), la seconde partie de l'exposé a été consacrée au volcanisme de points chauds ("hot spots"). . C'est bien évidement la chaîne volcanique de l'archipel hawaiien qui a servi de base aux explications générales.

A cette occasion, nous avons appris que deux systèmes/lignées volcaniques, différencié(e)s sur la base des teneurs en certains éléments en traces et isotopes, étaient orientés parallèlement dans la partie sud de l'archipel. En réalité, la direction globale de l'alignement des édifices volcaniques N135° est retrouvée dans d'autres régions du Pacifique comme dans les différents archipels polynésiens et marque la direction globale du déplacement de cette méga-plaque océanique. Jacques-Marie nous a particulièrement expliqué le contexte géodynamique de la Polynésie française (Pacifique Sud) avec ses 4 systèmes de point chaud (Australes, Tuamotu, Iles de la Société, Marquises) où se marque à nouveau l'orientation régionale N.O.-S.E. le long de laquelle sont alignés les édifices éruptifs sur plusieurs centaines voire plusieurs milliers de kilomètres.

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Le cas du point chaud de Tahiti-Moorea-Mehetia est particulièrement évocateur étant donné que la localisation actuelle du point chaud est marquée par une île volcanique très récente (Mehetia) à peine érodée.

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Les autres points chauds des îles polynésiennes sont sous-marins et l'édifice le plus proche de la surface est le volcan Macdonald dans l'archipel des Australes dont le sommet n'est plus qu'à une cinquantaine de mètres sous la surface de la mer. Jacques-Marie, ayant réalisé sa thèse de doctorat 3e cycle à Mururora, connaît donc particulièrement bien le sujet. Voir aussi cet article.

C'est ainsi qu'il nous a expliqué graphiquement l'évolution géologique des îles volcaniques océaniques de point chaud, d'une île volcaniquement active à l'aplomb du point chaud actif vers un récif corallien, puis évoluant vers un atoll (couronne annulaire de récifs coralliens) et finalement aboutissant un seamount/guyot à sommet aplati lorsque l'île s'est entièrement enfoncée par subsidence gravitationnelle sous la surface de la mer. Après ce voyage de rêves sous les Tropiques, nous avons débarqué en terre africaine pour une explication de la genèse des points chauds de rift continentaux, l'exemple choisi était celui du système de rift du Cameroun et de sa prolongation sur les îles atlantiques de Sao Tomé - Principe. Au niveau de ces rifts continentaux, il n'y a pas de chronologie de l'activité volcanique en fonction du contexte géodynamique (déplacement de plaques lithosphériques), à l'instar des points chauds à l'aplomb des archipels de l'Atlantique Nord (Açores, Canaries, Madère). Notre ami nous a ensuite présenté une carte du volcanisme européen montrant que le volcanisme récent (Quaternaire) y est associé à des zones d'extension appelées graben (faille de la Limagne pour le volcanisme auvergnat , le graben du Rhône-Rhin pour le volcanisme du Kaiserstuhl et de l'Eifel). Par ailleurs, une carte de distribution de quelques minéraux traceurs d'origine volcanique (amphiboles, pyroxènes) typiquement émis distinctement par deux éruptions européennes majeures, établie par E. Juvigné (ULg) sur base de multiples échantillonnages détaillés en France et en Belgique (un véritable travail de Bénédictin), a été montrée. On y a découvert lez zones de dispersion, télescopées au sud de Dijon, des téphras fins issus d'éruptions explosives en Auvergne et dans l'Eifel (Laacher See).

En conclusion de son exposé magistralement illustré et expliqué, Jacques-Marie a projeté une carte du monde montrant la localisation de tous les points chauds connus. C'est ainsi que les points chauds actuels de Trintan Da Cunha et de la Réunion sont respectivement liés géologiquement aux trapps du Brésil méridional et de la Namibie de part et d'autre de l'Atlantique Sud et à ceux du Dekkan (Inde) en bordure de l'Océan Indien. Il est rassurant de savoir que l'activité des points chauds actuels est bien plus faible que celle qui a donné naissance à ces vastes trapps et qui auraient contribué, selon plusieurs experts, à l'extinction de plusieurs espèces animales (dinosaures) et végétales il y a environ 65 millions d'années.

Les discussions se sont bien sûr poursuivies dans un restaurant de Rosière où les convives se sont quittés à contrecœur peu après  minuit. Tous les membres de "LAVE-Belgique" remercient vivement et chaleureusement Jacques-Marie pour cette superbe présentation variée et complète, son enthousiasme et sa passion pour le sujet qui nous réunit tou(te)s depuis des années, ainsi que pour sa bonne humeur et son humour. Merci également à Isabelle, son épouse, et à leur fille Jade pour leur présence. Thierry et Carine Sluys sont aussi remerciés pour avoir pris l'initiative d'inviter Jacques-Marie et pour la prise en charge logistique.

"Mises au point en volcanologie: éruptions explosives, points chauds et panaches"

www.lave-volcans.com/bardintzeff.html

http://44.svt.free.fr/jpg/bardintzeff.htm

http://www.futura-sciences.com/fr/biographie/t/volcanologie-3/d/bardintzeff_80/

http://www.geoforum.fr/bardintzeff.php

http://geosciences.geol.u-psud.fr/spip.php?article199

 

Compte-rendu des réunions en 2011

Compte-rendu des réunions antérieures (de 2004 à 2011) de la Délégation "LAVE-Belgique"