Guatemala 2008 - Volcans Pacaya; Santiaguito/Santa Maria; Fuego.

par Juan Carlos Molina (Flautista), Thierry Sluys (Uno), Alain Melchior (Alino)

1. LE vOLCAN pACAYA (alt.: 2552 m.)

9500 km d'avion et, puis, juste ~ 40 kilomètres en voiture pour aller observer notre premier volcan guatémaltèque actif, le Pacaya !

 

Après un long voyage d'une vingtaine d'heures, incluant deux escales avec changement d'avion à New York City et Houston, durant la journée du 09/02, nous [ Juan Carlos (Flutista), Thierry (Uno) & Alain (Alino) ] atterrissons finalement en terre Maya à Ciudad Guatemala et débarquons de l'un des principaux terminaux du tout nouvel aéroport « La Aurora » situé dans la zone 13 de la capitale guatémaltèque. A notre arrivée, Victor, notre chauffeur temporaire, nous salue chaudement et embarque nos bagages dans le coffre de sa petite voiture noire avant de nous emmener vers une auberge qui borde le bout de la piste principale de l’aéroport international. Nous y passerons une courte nuit de récupération relativement satisfaisante, malgré les premiers mouvements d’avion vers 4 h du matin !

Le lendemain 10/02, après un bon petit-déjeuner classique, nous nous rendons au parc de véhicules de location où, après quelques comparaisons de prix et de véhicules, nous choisissons un solide véhicule 4x4 capable d’embarquer l’ensemble de nos bagages et de supporter les pistes caillouteuses et terreuses, même éventuellement boueuses, que nous allons bientôt inévitablement emprunter.

Vers 11h, nous partons vers notre premier volcan guatémaltèque actif, le Pacaya. En route, nous décidons de faire une courte pause repas dans un centre de restauration rapide situé à la sortie sud de la fourmillante capitale. Nous laissons la voiture sur un parking où un policier, armé d’un fusil à pompe, monte une garde vigilante. Après avoir englouti chacun un hamburger géant accompagné d'un sachet de frites et d'un soda. A peine la digestion entamée, nous entrons dans un grande surface commerciale afin d'acheter des provisions pour la montée au volcan. Nous remontons ensuite dans notre engin tout terrain et empruntons la route à quatre bandes, la CA9, qui dévale sinueusement en direction du sud.  Après quelques dizaines de kilomètres, nous atteignons la bifurcation menant au village de San Vicente Pacaya. Nous remontons d’abord une portion de route asphaltée avant de circuler sur une large piste qui se rétrécit de plus en plus par la suite. Après quelques kilomètres, nous bifurquons vers la droite en direction du petit village d’El Patrocinio afin d’aller observer le flanc est du magnifique cône élancé du Pacaya. Après un dernier virage, nous apercevons enfin le monstre fumant (dégazant) s’élançant vers un ciel bleu limpide à cette heure de la journée ! Il est aussi magnifique qu’il y a deux ans ! 

Le flanc oriental du cône terminal Mac Kenney du Pacaya vu de la piste menant au village d'El Patrocinio. Juan Carlos & Thierry posent devant le majestueux cône !

Après avoir pris quelques photos, nous rebroussons chemin pour remonter la piste vers San Francisco de Sales, le petit village où débute le chemin menant, à travers la forêt, jusqu’au cône terminal du volcan, le cône Mac Kenney.

A notre arrivée devant la bâtisse bleue du Parc National du Pacaya, nous décidons rapidement de louer un cheval afin d'acheminer nos sacs à dos et nous adjoindre le service de deux guides officiels qui assureront également notre sécurité. L’un est muni d’une radio portable qui lui permet de rester en contact avec sa base, essentiellement avec les gardes officiels armés du Parc National.

  

Préparation du matériel & discussions à propos de la logistique avant de monter vers la zone sommitale.

Après avoir acheté notre ticket autorisant l’accès au volcan, nous entamons la montée sur un chemin bétonné. Après une petite heure de marche aisée sur un sentier camouflé dans la forêt, nous apercevons une frêle silhouette dégringolant littéralement vers nous. Nous reconnaissons rapidement notre sympathique et passionné ami Robin (Campion) que nous avions prévenu par téléphone portable, quelques heures auparavant, de notre arrivée au Pacaya.

 

La rencontre avec Robin !

Il est tout heureux de nous voir et de nous accueillir sur son premier volcan guatémaltèque visité. Chez Robin, la joie se manifeste très nettement par des sauts énergiques que je qualifierais de sauts à la manière des Masai, peuplade de Tanzanie! Après une chaleureuse accolade, il nous renseigne sans attendre sur l’activité du volcan. Cette fois, au contraire des premières observations réalisées par Robin et Agnès dès leur arrivée à la fin de janvier, les coulées de lave sont bien présentes à la base orientale du cône terminal. Une demi-heure de marche plus tard, nous atteignons la barrière en bois qui barre l’accès à la crête pour le bétail. Un chemin de terre, serpentant sur l’étroite crête couverte d’arbustes et d’herbe grasse, permet de rejoindre différents points où la descente dans le vallon, qui sépare le cône du bord de la caldera en fer à cheval, est praticable.

La zone de la crête ouest  du Pacaya. Sur les 3 clichés du haut, à l'arrière plan, on distingue le cône adventif du Cerro Chino ainsi que les volcans Agua, Fuego et Acatanango.

A notre arrivée, nous nous attelons à monter rapidement nos tentes personnelles et à rassembler nos provisions et équipement.

Juan Carlos & Robin discutent avec nos deux guides guatémaltèques avant le montage des tentes.

Robin nous signale la présence au loin de notre amie et collègue Agnès (Mazot), occupée à observer ses toutes premières coulées de lave incandescente. Agnès, qui travaille actuellement au Mexique (dans le cadre d'un post-doctorat), est venue rejoindre Robin dans le but d'observer en sa compagnie les trois volcans actifs du Guatemala. Nous décidons de la rejoindre rapidement en empruntant un étroit chemin descendant abruptement dans la falaise du secteur septentrionale de la dépression où s’écoule depuis plusieurs mois la lave.

1. Le sommet du cône terminal du Pacaya (cône Mac Kenney) -- 2. A l'avant-plan, le nouveau champ de coulées vu de la crête; à l'arrière-plan, on distingue le tumulus formé des coulées de lave précédemment actives collé au flanc inférieur du cône Mac Kenney.

Après avoir franchi la courte distance qui nous sépare du champ des coulées solidifiées, nous cheminons fébrilement, en équilibre précaire, sur la surface scoriacée. Un véritable chaos de blocs rocheux vitreux, donc coupant, représente le seul accès vers les coulées actives que nous atteignons après environ une vingtaine de minutes. Le spectacle est toujours aussi dantesque ! La lave rougeoyante suinte de plusieurs points. Sa structure oscille entre le type scoriacé (aa) et cordé (pahoehoe). L’ensemble du champ actif est localisé à la base ouest d’un tumulus constitué par l'empilement de coulées antérieures, lui-même situé à la base occidentale du cône terminal. Nous faisons l’aller-retour le long de la bordure nord de la partie supérieure du champ lavique actif. De nombreux lobes sont en train de se former dans un bruit de cliquetis caractéristique. Des blocs et des plaques se déforment et s’éboulent un peu partout sur le champ de lave. La progression du basalte fondu est lente ! Certains d’entre nous se risquent assez rapidement à courir sur la surface consolidée, mais encore très chaude, des coulées. Nous restons là des heures, réjouis de pouvoir admirer à nouveau ce grandiose spectacle offert par mère nature ! Dans mon esprit, le Pacaya joue la concurrence avec le Kilauea, situé sur la Grande Ile d'Hawai, car le spectacle des coulées actives y est tout aussi grandiose.

Nos amis vagabondent allègrement sur le Pacaya, en silence ou en musique douce, mais toujours sous la chaleur du volcan et la bonne humeur !

Au coucher du soleil, Robin et Agnès décident de cuisiner un plat préparé lyophilisé en utilisant de l’eau chauffée sur la lave. Après une demi-heure de chauffe lente au creux d’un réseau de fissures incandescentes, l’eau contenue dans le récipient métallique est enfin à bonne température. Après y avoir goûté, je peux vous affirmer que le goulasch hongrois préparé par Robin & Agnès était succulent mais aussi à bonne température pour la dégustation !!!

  

 

Les belles coulées de lave du Pacaya !

Cette fois, l’activité du Pacaya semble exclusivement effusive malgré le fait que Robin et Agnès aient pu observer de rares éjections de lambeaux de lave au cratère sommital quelques jours auparavant. En début de nuit, nous décidons de regagner notre campement en coupant en ligne droite à travers le champ de lave solidifiée par une obscurité quasi totale et, par ailleurs, dans un brouillard à couper au couteau ! La progression est lente et précaire. Plusieurs d’entre nous tombent et se coupent légèrement les mains sur la surface vitreuse des blocs laviques scoriacés. En chutant assez lourdement, mon pantalon de toile se déchire mettant à nu le genou gauche ensanglanté. Pas le temps ni les moyens d’appliquer les premiers soins, il faut continuer le cheminement du retour ! Après une vingtaine de minutes, nous atteignons la paroi ouest de la caldeira en fer à cheval. Malheureusement, suite aux hasards du cheminement, nous abordons un secteur de falaise très abrupt ! Aux deux tiers de la remontée, la lampe frontale de Thierry rend définitivement l’âme faute de pile, nous précipitant dans un certain embarras. Il faut régulièrement s’agripper aux racines et branches des arbustes pour pouvoir franchir quelques passages très inclinés dans la cendre plus ou moins compactée. L’épreuve se révèlera délicate, voire périlleuse, pour quelques uns d’entre nous ! A un endroit situé aux deux tiers de la falaise, je ne parviens pas à m’agripper aux racines ou aux branches d’arbustes alors que mon pied d’appui gauche glisse littéralement de la prise creusée à grands coups de pieds dans le mur de cendre fine !  Finalement, le guide est redescendu pour me tendre une main ferme afin de m’aider à sortir de ce mauvais pas. Thierry, qui se tient debout à trois mètres en dessous, contribue à sa façon en me donnant une assez forte impulsion sur l'arrière-train. C’est qu’il faut faire monter une masse d’une centaine de kilos ! Finalement, je me hisse sur une étroite plateforme où je me retrouve rapidement en équilibre instable. Mon corps a tendance à tomber inéluctablement dans le vide. J'essaie donc de m’accrocher au seul mince tronc d’arbre situé à portée de main. Une fois encore, mon guide me sauve en me retenant solidement par la taille. C’est maintenant au tour de Thierry de franchir la haute marche de cendre sans l’appui de sa lampe torche ! A son tour, notre précieux guide l’y aidera efficacement. Éreintés mais soulagés, nous atteignons finalement la crête à seulement quelques encablures de notre site de bivouac. Une nouvelle fois, nous nous émerveillons devant le champ de coulées actives où nous distinguons nettement au moins trois flux incandescents brillant dans la nuit étoilée de la région du volcan. 

Notre guide et agent de sécurité ! Il se rappellera longtemps de Robin et des ses énergiques sauts de joie ! Tournage vidéo sur les coulées !

Au loin, la lueur des lieux habités se mêle à celle des coulées, nous inspirant une ambiance de fin ou plutôt de début du monde. Malgré les difficultés du terrain, nous sommes heureux d’être là !

Les coulées actives et, au loin, les faubourgs de la ville d'Escuintla. Juan Carlos chemine dans l'ombre du volcan !

Les lueurs de la capitale guatémaltèque tournent le dos aux coulées ! Le lever de soleil sur les volcans Agua, Acateango et Fuego. On distingue les lueurs de la ville de Palin.

Après avoir dévoré quelques biscuits et morceaux de thon en boîte, nous allons finalement nous coucher et, peut-être pour certains, rêver de volcans. Le vent et le brouillard accompagneront la nuit uniquement percée, vers le sud, par les lueurs diffuses des coulées actives ! Dès 5 heures du lundi 11/02, le réveil de Juan Carlos sonne nous réveillant afin de nous préparer au lever du soleil et à notre redescente dans l’enfer rouge et chaud des coulées.

Un biscuit en bouche et nous voilà repartis vers l’action. "Vamos a la lava" nous lance notre guide et agent de sécurité ! Nous suivons le même chemin que la veille. La morphologie des coulées a clairement changé ! Il y a beaucoup moins de zones incandescentes. Ce matin, il semble bien que la lave circule en tunnel (ou tube). Robin part en éclaireur sur la surface chaude des coulées actives et nous appelle rapidement pour nous signaler un bon "spot" d'observation. J’arrive le premier sur les lieux et observe un étroit chenal où la lave coule en direction de la base du cône Mac Kenney, situé vers l’est. La lave circule assez rapidement au sein de l’étroit chenal surélevé avant de disparaître au loin.

Les coulées de lave vues au matin du 11/02.

Après l’exploration de Robin, je tente une approche prudente en direction de la sortie du tube. Je suis en t-shirt et la chaleur me brûle rapidement la peau des bras. Je suis obligé de faire demi-tour afin d’aller enfiler une veste à manche longue qui me permettra finalement d’approcher au plus près, disons à ~ 5 mètres, de la source de matière fondue. Quelques photos et me voilà déjà de retour auprès d’Agnès et de Robin. Ouf, j’ai eu bien chaud !!! Vers 8h30, nous remontons lentement sur la crête. Cette fois, nous avons la sagesse d’emprunter le chemin de la descente, évitant ainsi toute mauvaise surprise.

Une mini réunion LAVE-Belgique s'est tenue sur les hautes pentes du volcan Pacaya. Y étaient présents : Agnès, Robin, Thierry Uno, Juan Carlos et Alino.

Le lendemain, nous quittons à regrets nos deux ami(e)s volcanologues, rencontrés sur les coulées du Pacaya, pour redescendre vers San Francisco de Sales et reprendre la voiture pour de nouvelles aventures...



SANTIAGUITO / SANTA MARIA

FUEGO


Conception & réalisation de ce site web : Alain Melchior

"LA PASSION DES VOLCANS ACTIFS"